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Masques, Ceintures de sécurité et Effets Peltzman

Il y a quelques jours, ma province natale, le Québec (je suis canadien), a adopté un règlement qui rend obligatoire l’utilisation des masques faciaux en public. La principale motivation de la réglementation est la prévention d’une deuxième vague de coronavirus. La réaction a été virulente de la part des sceptiques qui soutiennent que les masques sont inefficaces et que la contrainte de l’État est une atteinte aux droits de la personne. Les défenseurs du règlement soutiennent le contraire en ce qui concerne l’efficacité des masques et soulignent en outre qu’il s’agit d’une violation raisonnable des droits de la personne, d’autant plus qu’elle protège les autres du risque produit par une seule personne malade.

Aucune des parties concernées ne répond si le règlement réduira la propagation. Plus important encore, les arguments invoqués par toutes les parties révèlent un semblant déprimant de connaissance de la part de toutes les personnes impliquées.

Notez que, dans la déclaration ci-dessus, je ne dis pas que les masques sont inefficaces pour réduire la propagation. Les preuves suggèrent qu’ils le sont. Je suggère plutôt que l’utilisation forcée de masques peut finir par augmenter la propagation même si les masques, à eux seuls, réduisent les risques de transmission de l’infection et réduisent très légèrement les risques d’attraper l’infection.

Pour comprendre cet argument, nous devons comprendre comment les gens gèrent les risques en utilisant l’illustration des lois sur la ceinture de sécurité obligatoire. À elles seules, les ceintures de sécurité réduisent clairement les risques de mortalité associés à la conduite. Dans les années 1960, de nombreux pays (dont les États-Unis) ont commencé à adopter des lois imposant l’utilisation de la ceinture de sécurité. L’espoir était que cela réduirait la mortalité dans les accidents de la route.

Cependant, l’économiste Gordon Tullock a un jour ironisé sur le fait que « si le gouvernement voulait que les gens conduisent en toute sécurité, ils imposeraient un pic au milieu de chaque volant. »Pourquoi serait-ce le cas? En raison de la façon dont nous réagissons aux risques. Si nous savions que le moindre accident pourrait nous empaler sur notre roue motrice, nous conduirions tous plus en sécurité. Bien que ce soit une expérience de pensée étrange, nous pouvons l’exécuter en sens inverse. Si un conducteur sait que tous les autres conducteurs portent une ceinture de sécurité alors qu’il porte également une ceinture de sécurité, ce conducteur est exposé à un niveau de risque plus faible. En conséquence, se sentant plus en sécurité, ce conducteur agit de manière plus imprudente. Il dépasse la limite de vitesse, accélère à une lumière jaune, etc. Cette plus grande insouciance, à son tour, augmente les risques d’accident.

Il en résulte un effet ambigu du règlement. D’une part, la loi réduit les risques mais elle induit également une réponse comportementale qui augmente la probabilité qu’un accident se produise. Il faut donc se demander quel effet domine l’autre.

La même logique s’applique aux masques faciaux. Imaginez un économiste canadien fictif qui, craignant le risque d’apporter le virus à un être cher ou d’attraper lui-même le virus, évite des situations qui seraient trop risquées à son goût. Il évite d’aller au café pour un café au lait et se limite à faire l’épicerie. Avec tout le monde étant obligé de porter un masque, il peut décider d’aller chercher ce café au lait. Techniquement, les activités d’achat de café et d’épicerie sont individuellement moins risquées avec des masques faciaux obligatoires. Cependant, cet économiste fictif s’expose maintenant à deux activités qui comportent un risque plutôt qu’une seule activité et il est donc plus susceptible d’attraper la maladie. Tout comme pour les ceintures de sécurité, il faut se demander quel effet domine : la réduction des risques des masques ou la réponse comportementale?

Au final, la réponse est empirique. Pourtant, le cas des lois sur la ceinture de sécurité suggère que la réponse précise pourrait être insaisissable. Le premier article d’importance sur l’effet des ceintures de sécurité a été publié dans les années 1970 par Sam Peltzman qui a constaté que la réponse comportementale des conducteurs américains éliminait complètement les effets de la loi. Depuis lors, de nombreux articles sur le sujet ont été publiés. Certains confirment les conclusions de Peltzman tandis que d’autres les infirment. Toutes ces études confirment qu’il existe un comportement compensateur. Ils ne peuvent tout simplement pas s’entendre sur sa force.

Cependant, prenons un fait important en considération: les premières lois imposant le port de la ceinture de sécurité ont été adoptées dans les années 1960, il y a plus de cinquante ans. Pourtant, il y a encore une discussion entre les experts qui essaient de concevoir les tests statistiques les plus convaincants. S’il y a une incertitude sur le passé, comment les experts peuvent-ils aujourd’hui être certains que l’utilisation forcée de masques faciaux n’entraînera pas une plus grande prise de risque? Et si le comportement de compensation est plus fort? Les experts et les décideurs politiques ne connaissent probablement pas cette information (et je pense qu’on ne peut raisonnablement s’attendre à ce qu’ils le sachent). Comme les dommages causés par une propagation plus rapide sont exponentiels (compte tenu de la nature du virus), il y a un risque réel de retour de flamme!

Je ne prétends pas savoir à quel point ce risque est important. Je déclare seulement qu’il existe. Cependant, toutes les parties au débat sur l’utilisation obligatoire des masques invoquent leurs arguments avec certitude et sans l’ombre d’un doute. Ils savent ! Ou, du moins, ils font semblant de le faire. Une dose d’humilité de la part des décideurs et des experts quant à leurs capacités serait la bienvenue. Cette dose d’humilité pourrait les pousser à réfléchir aux moyens potentiellement supérieurs de faire face à l’épidémie.

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